Je ne sais jamais, en commençant une toile, ce que je vais peindre. Ce n’est pas une façon de parler , c’est littéralement ma méthode.
Je pose une première couleur. Puis une deuxième. Et c’est la toile qui commence à me parler.
Je démarre toujours avec une palette réduite. Trois couleurs, parfois quatre. Une contrainte volontaire qui force l’invention. Et puis au fur et à mesure que la toile prend corps, d’autres couleurs s’imposent, non pas parce qu’elles étaient prévues, mais parce que la toile les réclame. Ce bleu appelle un ocre. Cet orange veut un violet sombre pour exister.
Ce qui me tient dans l’abstraction, c’est précisément cette tension entre des couleurs qui semblent vouloir s’opposer et finissent par se tenir. Un bleu nuit contre un orange cuivré. Un vert acide qui voisine avec un bordeaux profond.
La lumière israélienne, dure, frontale, saturée, m’a donné le goût des couleurs qui n’ont pas peur d’elles-mêmes.
La lumière française, plus diffuse, m’a appris à faire cohabiter des tons qui ne s’aiment pas a priori.
L’abstraction n’est pas pour moi un style choisi par conviction théorique. C’est simplement ce qui arrive quand on laisse la peinture décider.