Jérusalem, le Kotel, les douze tribus, un chandelier, un mur de lumière. Ces sujets ne viennent pas par hasard : je suis très attaché à mes racines et à mon histoire, et il était naturel qu’elles finissent par venir sur la toile.
Ce que je ne décide pas, en revanche, c’est la manière. Je peins ces thèmes comme je sais peindre — avec les moyens qui sont les miens depuis toujours : la couleur qui structure, la matière qui garde la trace du geste, les verticales, le rythme, la lumière. Le sujet change ; les questions posées à la peinture demeurent. Et j’espère qu’à travers elles le côté spirituel est présent : je ne peux pas le décréter, je peux seulement peindre de façon qu’il ait sa place.
Trois choses qu’il faut tenir séparées
En travaillant sur le catalogue de cette série, j’ai fini par m’imposer une règle simple, et elle vaut aussi pour qui regarde : distinguer ce que montre la toile, ce qu’indique son titre, et ce qui relève de l’interprétation.
Ce que montre la toile, c’est de la peinture : des plans, une lumière, une matière. Le titre, lui, situe — il dit d’où l’image est partie. L’interprétation, elle, ne m’appartient pas. Elle appartient à celui qui regarde, et il l’apporte avec lui : sa mémoire, ses textes, son histoire, parfois la mienne, souvent une autre.
Je crois que c’est là ce que j’apporte à un sujet qui a été peint mille fois, et bien mieux que je ne le ferai jamais : je ne referme pas le sens. Le visible n’est pas abandonné au profit de l’abstraction — il est transformé jusqu’à devenir peinture, et il reste assez de la chose pour que chacun y retrouve la sienne.
Mon rapport aux textes
Je ne peins pas d’après un texte, et je ne prétends pas l’illustrer. Mais on ne peint pas hors de ce qui vous a formé. Ce que cette histoire longue a déposé chez moi tient en trois choses, et je les retrouve dans mes toiles bien au-delà de cette série : le goût de ce qui se transmet sans se dire, l’idée qu’une chose recouverte n’a pas disparu pour autant, et une confiance dans la lumière — celle qu’on n’a pas allumée soi-même et qui continue.
Je m’en suis aperçu en voyant des tableaux peints à des années d’écart se répondre : ce qui me tient traverse le travail, bien au-delà des toiles qui portent un titre hébreu.
Comment les regarder
Sans mode d’emploi. Regarder d’abord. Reconnaître peut-être. Imaginer ensuite.
Certaines de ces toiles se lisent de loin comme une scène, et de près comme des touches et des couleurs ; d’autres ne se laissent jamais tout à fait fixer. Aucune ne demande de savoir quoi que ce soit pour être regardée. Et si vous savez, elle vous rendra ce que vous apportez.
La série est visible dans la galerie de ce site. Si vous souhaitez la voir en entier, ou en parler — accrochage, exposition, rencontre — écrivez-moi : contact@hervebouhnik.com.